Tuesday, 18 December 2007

Kabila ne fait rien pour les Congolais

« Kabila ne fait rien pour les Congolais »

Marie-Thérèse Nlandu, activiste des droits de l’homme congolaise


Marie-Thérèse Nlandu était l’avocate de Bemba.

BRUXELLES – La Garde républicaine du président congolais Kabila a particulièrement malmené, en mars dernier, la milice de Jean-Pierre Bemba et l’opposition. Ainsi, pas moins de 300 personnes – et probablement bien davantage – ont été tuées. Des dizaines de personnes ont été jetées dans des fosses communes bien gardées ou dans le fleuve Congo. C’est ce qu’il ressort d’un rapport, jusqu’à présent tenu secret, de la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo (MONUC). « Cela ne m’étonne pas du tout », déclare l’avocate Marie-Thérèse Nlandu, qui était récemment dans notre pays dans le cadre d’une série de conférences.

« On parle beaucoup, à l’heure actuelle, des violations grotesques des droits de l’Homme dans l’est du Congo, mais la situation est aussi grave dans l’ouest et particulièrement dans la capitale Kinshasa », affirme Nlandu. « L’armée congolaise (FARDC) viole à tour de bras, les cas de disparition sont fréquents, les tortures sont monnaie courante. En outre, la liberté d’expression est foulée aux pieds : les services de renseignements ouvrent les colis de DHL et des agents en civil surveillent les cybercafés. De nombreuses stations sont bannies et sont contraintes d’émettre via Internet. Si l’on se risque à écouter ces stations, il faut faire particulièrement attention. »

Cas désespérés
Marie-Thérèse Nlandu, qui se voit obligée de faire la navette entre Bruxelles et Londres, est une figure de l’opposition congolaise. Sa sœur Wivine était la femme de l’ancien Premier ministre Nguz Karl I Bond, et son oncle Neza Nlandu fut l’un des fondateurs d’Abakao, un des trois partis politiques existant au Congo belge. Cette mère de 4 enfants fut elle-même candidate au premier tour de l’élection présidentielle. Nlandu perdit sans surprise et se rallia à l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, qui est actuellement en exil au Portugal.
Cette avocate fanatique prend parti pour les cas désespérés : pour le mouvement dissident Bunda dia Kongo, qui est principalement actif dans sa province d’origine du Bas-Congo, pour les victimes d’une catastrophe aérienne survenue en 1996 et pour Jean-Pierre Bemba. Nlandu a contesté, au nom de Bemba, les résultats électoraux devant la Cour Suprême de Justice. Cette lutte l’a conduite en prison, où, selon ses propres mots, elle fut « torturée psychiquement ». Nlandu a été accusée de trafic d’armes et d’incendie criminel, accusations qui n’ont pu être étayées devant le tribunal.
Marie-Thérèse Nlandu s’exprime avec une voix qui vibre d’une colère retenue à propos de l’injustice permanente que les dirigeants de son propre pays font régner sur son peuple. Quand on lui demande pourquoi elle a choisi de se rallier au camp de Jean-Pierre Bemba, qui n’est pourtant pas non plus vierge de tout reproche, elle répond résolument : « Dans le cadre du second tour de l’élection présidentielle qui s’est tenue l’année passée, nous devions choisir entre la peste et le choléra. Nous avons choisi le choléra, à savoir Jean-Pierre Bemba. Lui, nous le connaissons : c’est un fils du pays. Joseph Kabila, nous ne le connaissons pas : il n’a aucune éducation et ne s’investit absolument pas pour la population. Kabila est en train de liquider le pays. Il abuse de sa victoire afin de légitimer la mise en place d’une dictature brutale. »

Roger HUISMAN